04.02.2010

Le syndrome gaulliste et la tragédie d’Haïti

guy milliere.jpgPar Guy Millière


On m’a parfois reproché de ne pas reconnaître les « qualités » du général de Gaulle. Cela m’a même valu l’hostilité de certains journalistes. Mais c’est ainsi : non, je ne trouve guère de qualités au général de Gaulle.
Qu’il ait rejoint Londres en 1940 a été un comportement honorable. Qu’il se soit conduit ensuite de manière vaniteuse et mégalomane au point que le grand Winston Churchill le considère, après coup, comme son pire cauchemar des années de guerre, pourrait suffire à apporter un bémol à la partition.

Je ne peux voir les images du général à Lisieux, huit jours après le débarquement, sans agacement. Lorsque je mets le son, cela s’aggrave : parler d’une France qui a commencé à se libérer elle-même, il fallait oser, et il a osé!

Je ne peux penser à la fin de la Seconde Guerre mondiale sans penser aussi à la rapidité avec laquelle on a dit, de tous côtés, que Vichy et la collaboration, ce n’était pas la France, alors qu’hé­las! c’était bel et bien la France.

Je ne peux penser à la façon dont on a escamoté, à ce moment-là, Vichy et la collaboration sans repenser aux épisodes suivants. Entre autres : abandon de l’Algérie aux mains du FLN et trahison des harkis et des Français d’Algérie, enclenchement de la politique arabe de la France, discours honteux tels celui tenu à Phnom Penh en 1966, paroles nauséabondes telles celles prononcées en 1967 sur un peuple « sûr de lui et dominateur ».

Je penserais moins à tout cela si la référence au général de Gaulle ne restait pas une quasi obligation dans les milieux politiques français. J’y penserais moins si la politique arabe de la France ne se poursuivait pas et s’il ne continuait à flotter ici des fumets « antisionistes » et anti-américains.

Je n’y aurais pas pensé s’il n’y avait eu la tragédie haïtienne et certaines polémiques absolument déplacées. L’essentiel des secours est venu des états-Unis: c’est un fait. Les états-Unis ont pris en main le maintien de l’ordre et le trafic aérien, c’est un autre fait. Fustiger les secours américains et la prise en main du maintien de l’ordre et du trafic aérien par les forces américaines relève de ce que j’appelle le «syndrome gaulliste» : une maladie de l’esprit conduisant à une sorte de jalousie devant qui est plus efficace que soi, auquel s’ajoutent le sentiment outrecuidant que le monde tourne autour de soi et une propension à s’imaginer que les Américains sont des envahisseurs pleins d’arrière-pensées.

Haïti était un pays sans état ou presque. Secourir une population sans un minimum d’ordre est impossible. Faire atterrir des avions sans personne dans la tour de contrôle est tout aussi impossible. Comme le dit un vieux proverbe, la critique est aisée, mais l’art est difficile. Il est regrettable que des officiels français aient choisi la facilité.

La raison a fini par prévaloir, mais ce qui s’est passé a laissé des traces. La période où Haïti a échappé à une situation de naufrage quasi permanent a été celle où les états-Unis ont administré le pays, de 1915 à 1934. Si cela se produisait à nouveau, ce serait vraiment un moindre mal.

Ce qui s’est passé lors de la tragédie haïtienne n’a été que la répétition de ce qui s’est passé, déjà, lors de presque toutes les tragédies qui ont pu frapper une population sur la terre ces dernières années
. Les états-Unis sont une superpuissance, pas la France, et pas un autre pays sur terre. C’est ainsi. Et n’en déplaise à ceux que touche le syndrome gaulliste, je dirai que c’est tant mieux.

Selon la juste expression d’Yves Roucaute, que j’ai déjà citée ici, les états-Unis sont la puissance de la liberté. Je n’ose imaginer ce qu’aurait été le monde depuis le début du XXe siècle sans eux.

Ce qui est inquiétant avec Obama est qu’il se montre si rarement à la hauteur de l’histoire de son propre pays. Pour une fois, il a eu le bon réflexe. Dont acte.

On peut noter aussi que, pendant que des Français se plaignaient de ne pas pouvoir agir, les médecins d’un petit pays agissaient avec efficacité, sans se plaindre : ceux venus d’Israël. étrange : je n’en ai pas entendu parler dans les médias français, Le monde musulman, lui, a brillé par son absence, tout comme la Chine. Quant à l’ONU, j’aurai la charité de ne pas reparler de cette bureaucratie délétère. J’y reviendrai une prochaine fois.

Source : Les 4 Vérités

21:09 Ecrit par Admin dans Guy Millière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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